la légende automobile est là!...
Louis Chevrolet est né en Suisse et a passé son adolescence dans le Jura. Mais c'est en Amérique qu'il a connu la gloire, comme pilote d'abord, avant de construire ses propres voitures et de terminer sa vie bien modestement.
Mais le rêve américain prend le dessus et Louis Chevrolet part au Canada d'abord comme chauffeur-mécanicien puis, en 1901, il se fait engager à New York chez De Dion Bouton America, la célèbre firme française qui possède une succursale aux Etats-Unis.
Il fera venir ses deux soeurs, puis le reste de la famille après la mort de son père en 1902. En 1905, il se marie avec Suzanne Treyvoux et le couple aura deux fils, Charles en août 1906 et Alfred en avril 1912.
Cependant, l'année 1905 est significative pour Louis Chevrolet qui trouve un emploi à l'agence de Fiat à New York où on apprécie autant ses qualités de mécanicien que son habileté à la conduite. C'est ainsi qu'on lui confie un premier volant de compétition. Et le 20 mai 1905, il effectue sa première course et gagne. C'est le début d'une épopée fantastique avec des records à la clé: il bat les meilleurs pilotes américains et affronte, pour l'anecdote, Vicenzo Lancia et Henry Ford.
En 1906, il quitte Fiat pour piloter une Darracq équipée d'un moteur V8 et pulvérise le mile en le parcourant à 189 km/h de moyenne. Le nom de Chevrolet n'est plus celui d'un simple immigrant, mais d'un héros national, d'autant que la présence en course de deux autres frères ne fait qu'amplifier la célébrité du nom.
Mais Louis est le plus doué et la presse automobile désigne cet audacieux « Français à la moustache gauloise » comme étant « le coureur le plus casse-cou du monde ». Avec ses 1,82 m, un géant pour l'époque, et ses presque 100 kilos, il ne passe pas inaperçu et il fallait bien une telle carrure pour maîtriser les autos du début du siècle.
Pour autant, il paiera ses intrépidités par quelques passages, parfois prolongés, à l'hôpital, trois ans au total entre 1905 et 1920. Quatre de ses mécaniciens y laisseront leur vie, car les courses se faisaient par deux, pilote et mécanicien. On prête d'ailleurs à Louis Chevrolet l'invention de ce qui allait devenir l'arceau de sécurité.
Les victoires ont un impact considérable et les marques gagnantes voient la clientèle affluer. C'est pourquoi William Crapo Durant demande à Louis Chevrolet de piloter ses voitures.
« Billy » Durant est le petit fils d'un ancien gouverneur du Michigan qui a fait fortune dans les cigarettes, les produits pharmaceutiques, les bicylettes, l'immobilier, l'assurance et les charrettes à bras. Comprenant où était le progrès, il abandonne ces dernières pour l'automobile et achète la marque Buick. Il investit beaucoup d'argent dans la compétition et engage Louis et Arthur Chevrolet.
Les succès ne se font pas attendre. Mais Louis n'est pas seulement pilote et prend part au développement de nouvelles voitures de course.
Cependant, Durant comprend qu'il faut réduire les coûts de production pour être compétitif et pour cela il a l'idée d'unifier plusieurs producteurs au sein d'une seule et puissante entreprise. Il crée donc une holding en 1908 et cela deviendra la General Motors. Buick y est intégré et Durant achètera ensuite Cadillac et Oldsmobile entre autres pour arriver à 25 marques.Justement, Louis Chevrolet envisage de construire sa propre voiture, encouragé par Durant qui a compris, en habile financier, tout le parti que l'on pouvait tirer de son nom, nouveau symbole de l'Amérique triomphante. Avec l'appui de l'ingénieur français Etienne Planche, il présente en 1911 la Classic Six de 4,9 litres, belle, élégante, luxueuse et puissante. Elle est capable d'atteindre le 105 km/h tout en souplesse. Sa fabrication en série démarre un an plus tard et la presse spécialisée lui tresse des lauriers. C'est le succès!
En 1914, la marque Chevrolet présente deux nouveaux modèles, la Royal Mail et la version utilitaire la Baby Grant. Ces modèles bon marché connaîtront le succès commercial comme l'année suivante pour la 490 vendue justement 490 dollars et concurrente de la Ford T.
Louis Chevrolet n'étant pas homme à se laisser abattre, il a fait sienne la devise « Never give up » (Ne renonce jamais), il revient à sa première passion, la course, en fondant la Frontenac Motor Corporation, et toujours en collaboration avec Etienne Planche, il commence la fabrication de quatre voitures qu'il nomme Frontenac. Obsédé par le poids, il utilise de petits moteurs mais gonflés au maximum et surtout, il utilise l'aluminium et soigne l'aérodynamisme. Il positionne aussi les organes mécaniques de façon à abaisser le centre de gravité et répartir les masses au mieux. Par rapport à ses concurrentes, la Frontenac est moins lourdes de 250 kg et de ce fait, les victoires s'accumulent et durant de nombreuses saisons, elle est reine des courses automobile, battant les meilleures européennes. L'Amérique est en liesse. Les plus grands pilotes se disputent leurs volants.
En 1920, Gaston est le grand favori de la saison, mais lors d'une course, à Beverly Hills en novembre, il s'accroche avec un autre concurrent et les deux autos défoncent les barrières.
Les deux pilotes sont tués ainsi qu'un mécanicien. Gaston est tout de même déclaré Champion d'Amérique à titre posthume, mais Louis Chevrolet, bouleversé, décide de renoncer à la compétition. Arthur en fait autant un peu plus tard.
En 1921, Louis et Arthur s'associent pour créer à Indianapolis une culasse adaptable à la Ford T, doublant sa puissance. Encore une fois, le succès est immédiat. Préparées et engagées aux 500 Miles d'Indianapolis pendant plusieurs saisons, ces Ford T appelées les Fronty-Ford enregistrèrent des résultats remarquables malgré leur faible cylindrée, à la grande satisfaction d'Henry Ford.
Ensuite, l'aviation offrant de belles perspectives, les deux frères se lancent en 1926 dans la construction de prototypes de moteurs d'avion, légers à quatre et six cylindres avec refroidissement par air. Ils s'appelleront Chevrolair. Malheureusement, Louis et Arthur se fachent, ce dernier revendiquant la paternité des moteurs, et chacun monte sa propre firme, victimes toutes deux de la crise de 1930.
Les années sombres commencent pour Louis, et en 1934, il est victime d'une crise d'apoplexie. Cinq autres attaques suivront jusqu'à sa mort le 6 juin 1941. La nouvelle fera la Une des journaux.
Mais en 1934, il aura aussi à supporter la mort de son fils Charles qui n'avait pas encore vingt-huit ans, emporté par une crise d'urémie, et un incendie qui détruisit toutes ses archives.
Sa femme Suzanne lui survivra vingt-cinq ans et décèdera en octobre 1966 à Détroit. Elle aura été l'une des premières femmes à conduire une automobile. A partir du moment où Louis tomba malada, c'est elle qui pris le volant de la Chevrolet.
Elle rapporta que son époux était un homme profondément attaché à sa famille, un père attentif, un compagnon fidèle dans les mauvais comme les bons moments. Louis Chevrolet ne défraya jamais la rubrique « people » des magazines.
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